Temple d'Hibis, d'après The Temple of Hibis in El Khargeh Oasis III, publications du Metropolitan Museum of Art, New York, 1953.
THEOGONIE
L'Ogdoade Djehouty, "Seigneur de Khmounou", ou Kemenou (Hermopolis), la Ville des Huit divinités, la ville des Pères et Mères à l'origine de toute chose, est naturellement le "Chef des Huit", titre faisant allusion aux quatre couples d'entités divines primordiales représentant la matière inorganisée. Ces êtres primitifs avaient surgi de la terre et de l'eau, émergeant à l'origine du temps, et avaient pris la forme de grenouilles pour les mâles et de serpents pour les femelles. Tous sont chaussés de têtes de chiens. Inclus initialement dans ce non-monde, informe et désincarné, ils finirent par former la volonté de création initiale qui donnera la première étincelle de vie. Ils se sont alors regroupés en quatre couples formés chacun d'un dieu et de son pendant féminin, et sont la personnification des éléments du chaos qui ont précédé la création. 1) l'infini de l'eau : le premier couple est constitué de Noun, l'océan primordial et de sa contrepartie féminine, Naunet; 2) l'infini de l'espace : viennent ensuite Hehou et Hehout, l'infini spatial et temporel; 3) l'infini des ténèbres : Kekou et Kekout; 4) l'infini du vide : pour le quatrième couple, la tradition, selon les époques et les lieux, livre plusieurs noms et attributions. Il y a la négation et le néant (dans le sens de non-être) qui ont pour noms Niaou et Niat. Ceux-ci peuvent être remplacés par Gereh et Gerehet, le manque (physique et spirituel) ou par Tenemou et Tenemet qui symbolisent la disparition et le vide. Enfin, Amon et Amonet représentent tout ce qui est caché, insondable et mystérieux, probablement introduits à une époque où Amon était le dieu le plus puissant de l'Egypte, afin de souligner son ancienneté supposée, sa préexistence. Un texte d'Edfou relate leur apparition et son effet initial sur l'organisation du monde : « Au sein de l'océan primordial apparut la terre émergée. Sur celle-ci, les Huit vinrent à l'existence. Ils firent apparaître un lotus d'où sortit Rê, assimilé à Shou. Puis il vint un bouton de lotus d'où émergea une naine, auxiliaire féminin nécessaire, que Rê vit et désira. De leur union naquit Thot qui créa le monde par le Verbe . » Ils représentent ainsi le chaos primordial d'où naquit le soleil. Depuis leur œuvre de création, ces huit dieux initiaux reposent dans le monde souterrain sous la butte de Médinet-Habou (Djêmé), traditionnellement située sous le sanctuaire du petit temple de la XVIIIe dynastie que l'on peut encore y visiter, et se chargeant du lever quotidien du soleil ou du cours du Nil. A partir du Nouvel Empire, la filiation de Djehouty se modifie. Tout d'abord, on le considère comme fils de Ré (et des dieux assimilés à Ré) et, à l'époque saïte, on lui donne comme mère la déesse Neith, aussi bien dans les temples de Saïs que d'Erment; plus rarement, il est considéré comme le fils de Nout. Ses fonctions le mettent en rapport avec Shou, Onouris, Sokaris, Anubis, Sopdou, Khonsou, Iâh, Sia, Chaï et les déesses Seshat (sa soeur ou sa fille dans les interprétations de la fin du Nouvel Empire), Anouket et Maât, sa parèdre mystique.
Bibliographie: Dictionnaire illustré des dieux de l'Egypte, Ruth Schumann Antelme et Stéphane Rossini, éd. du Rocher, 2003 La mythologie égyptienne, Nadine Guilhou et Janice Peyré, éd. Marabout, 2005 http://fr.wikipedia.org
Dans son sanctuaire principal, Djehouty est démiurge et n'a été créé par aucun autre dieu: Il est le "Fils de la pierre" ou "Né de l'oeuf", l'oeuf initial d'où est sortie toute vie. Son épouse désignée au temple d'Hermopolis est la déesse Nehemet-âouay ("la défenderesse des dépouillés") qui pourrait être la mère de Seshat (qui serait alors la soeur de Djehouty) et qui lui a donné un fils, Hornefer (ou Nepheros), ce dernier surtout connu à la Basse époque. On peut également la voir dans le temple de Deir-el-Hagar dans l'oasis de Dakhla (construit à l'empire romain). A Hermopolis, avant son introduction, résidait un dieu-singe, Hedj-Our, le "Grand blanc", qu'Il absorbera presque entièrement, et de qui il a sans doute hérité de son aspect de babouin. L'épithète de Djehouty, "Le plus grand des Cinq" (qui est aussi le titre de son grand-prêtre) pourrait se rapporter au culte de Hedj-Our. Sa réputation de fécondité a peut-être la même origine. En revanche, on s'interroge sur celle de son caractère combatif qui le met en rapport avec Sopdou.
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